5 start-up européennes dans le biomedical qui redéfinissent la santé durable

5 start-up européennes dans le biomedical qui redéfinissent la santé durable

Et si le biomédical devenait l’un des moteurs de la santé durable, plutôt que l’un de ses principaux postes d’émissions et de déchets ? Le secteur de la santé représente environ 4 à 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, sans parler des tonnes de dispositifs à usage unique, des transports de patients et des infrastructures énergivores. Pourtant, au cœur de cet écosystème, une nouvelle génération de start-up européennes est en train de repenser les règles du jeu.

Dans cet article, je vous propose un focus sur cinq start-up (ou scale-up) biomédicales européennes qui ne se contentent pas de soigner : elles intègrent la durabilité dans leur modèle économique, leurs technologies et leur façon d’organiser les soins. Loin du greenwashing, ce sont surtout des plateformes, des biomatériaux et des solutions digitales qui attaquent le problème là où il a le plus d’impact : prévention, réduction des déplacements, optimisation des ressources et moindre recours à des interventions lourdes.

Doctolib : la plate-forme qui fluidifie le système… et évite des kilomètres inutiles

On ne présente plus Doctolib, le champion franco-allemand de la prise de rendez-vous médicaux et de la téléconsultation. À première vue, on pense « efficacité administrative » plutôt que « santé durable ». Pourtant, les effets systémiques de ce type de plateforme sont loin d’être anecdotiques.

Sur le plan environnemental, deux leviers sont particulièrement intéressants :

  • Réduction des déplacements des patients : chaque téléconsultation remplace potentiellement un aller-retour en voiture ou en transport. Rapporté à des millions de consultations, l’impact CO2 devient significatif, surtout en zone périurbaine ou rurale.
  • Diminution des rendez-vous manqués (« no-show ») : les rappels automatisés et la facilité de reprogrammation réduisent les déplacements inutiles et les créneaux de cabinet sous-utilisés, donc une infrastructure mobilisée à vide.

Sur le plan opérationnel, Doctolib apporte aussi des gains de productivité qui, indirectement, soutiennent une approche plus durable du système de santé :

  • Meilleure allocation du temps médical (moins de tâches administratives, plus de temps utile de consultation) ;
  • Capacité à organiser des parcours hybrides présentiel/distanciel, en concentrant le présentiel sur les actes à forte valeur ajoutée clinique ;
  • Possibilité d’intégrer plus facilement de nouveaux services (télé-expertise, suivi à distance, etc.).

Pour une direction d’hôpital ou un réseau de cliniques, la question n’est plus « Faut-il digitaliser la prise de rendez-vous ? », mais : « Comment exploiter cette brique pour réduire les flux physiques, optimiser l’occupation des plateaux techniques et libérer des ressources médicales rares ? ». L’enjeu de durabilité se niche dans cette orchestration fine, plus que dans la technologie elle-même.

Kry / Livi : quand la consultation devient principalement un service numérique

Kry (Livi en France et au Royaume-Uni) est une start-up suédoise de télémédecine qui a pris une autre option stratégique : penser d’abord la consultation comme un service numérique, puis n’y ajouter du physique que lorsque c’est indispensable.

Concrètement, leur modèle repose sur :

  • une app de téléconsultation avec des médecins salariés ou partenaires ;
  • des parcours structurés par pathologie fréquente (infections ORL, santé mentale, suivi de maladies chroniques, etc.) ;
  • dans certains pays, un maillage de points physiques complémentaires (cliniques, centres partenaires) pour les examens qui nécessitent un contact direct.

Sur le volet « durable », cette approche permet :

  • de maximiser la part d’actes gérables à distance sans perte de qualité ;
  • d’éviter des urgences et consultations inutiles en présentiel, souvent plus consommatrices de ressources (temps infirmier, équipements, imagerie, etc.) ;
  • d’accompagner plus finement des patients chroniques, en limitant les déplacements réguliers au strict nécessaire.

Pour les systèmes de santé européens, la télémédecine est parfois vue comme un « gadget de confort ». Pourtant, si on l’intègre dans une logique de santé durable, elle devient un outil clé de :

  • désengorgement des structures hospitalières, qui concentrent alors leurs ressources sur les cas complexes ;
  • réduction de l’empreinte carbone des soins, en éliminant des trajectoires évitables ;
  • meilleure équité territoriale, en donnant accès à des consultations de qualité dans des zones sous-dotées – ce qui évite parfois des déménagements, des hospitalisations, voire des complications coûteuses.

Pour un investisseur ou un directeur d’établissement, la question clé est de savoir comment contractualiser avec ce type d’acteur pour qu’il devienne un prolongement durable de l’offre de soins : indicateurs de réduction de déplacements, suivi des ré-hospitalisations évitées, intégration avec la médecine de ville…

Tissium : des biomatériaux bioresorbables pour des chirurgies plus propres et plus légères

La durabilité en santé ne se joue pas uniquement dans le digital. Elle se joue aussi au bloc opératoire, là où chaque minute mobilise des équipements énergivores, des dispositifs stériles et des consommables à usage unique. C’est là que des start-up comme la française Tissium apportent une perspective intéressante.

Tissium développe des polymères bioresorbables issus de recherches menées notamment à l’Université de Harvard et au MIT, utilisés comme :

  • colles chirurgicales pour la fermeture de tissus ;
  • scellants pour éviter les fuites (vasculaires, nerveuses, digestives, etc.) ;
  • supports de reconstruction tissulaire.

L’enjeu durable est double :

  • Réduire le recours à des dispositifs lourds (agrafes, sutures, implants métalliques) lorsque des solutions polymères bioresorbables sont suffisantes ;
  • Diminuer le taux de complications et de ré-interventions, qui sont parmi les événements les plus coûteux, carbonés et pénalisants pour le patient.

Une chirurgie qui cicatrise mieux, avec moins de fuites ou de déhiscence, c’est :

  • moins de jours d’hospitalisation ;
  • moins d’imagerie de contrôle et d’actes invasifs ;
  • moins de transport de patients pour des reprises ou des urgences ;
  • un impact environnemental réduit par patient traité.

Du point de vue business, ces solutions s’inscrivent bien dans la montée en puissance des modèles de remboursement basés sur la valeur (value-based care) : si vous pouvez prouver qu’un dispositif innovant réduit les complications et réinterventions, il devient plus facile de justifier un surcoût unitaire, car le coût total du parcours diminue. La durabilité rejoint alors la logique économique pure.

Pour les industriels du dispositif médical, Tissium illustre un mouvement de fond : l’innovation sur les matériaux n’a plus seulement un angle clinique, mais aussi un angle « parcours de soin optimisé » et donc, indirectement, « impact environnemental réduit ».

Oviva : la thérapie nutritionnelle digitale qui s’attaque au fardeau des maladies chroniques

Si l’on parle de santé durable, on ne peut pas ignorer le poids énorme des maladies chroniques liées au mode de vie : diabète de type 2, obésité, maladies cardiovasculaires. Le coût humain est considérable, mais le coût environnemental l’est aussi : traitements au long cours, hospitalisations, examens répétés, dispositifs médicaux, etc.

La start-up Oviva, fondée en Suisse et active dans plusieurs pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, France, etc.), propose des programmes de thérapie nutritionnelle digitale pour les patients souffrant de diabète, prédiabète, obésité ou autres pathologies métaboliques.

Le modèle repose sur :

  • une application mobile pour le suivi alimentaire, l’éducation thérapeutique et la messagerie avec les professionnels de santé ;
  • un coaching régulier par des diététiciens et infirmiers ;
  • une intégration dans le système de remboursement dans plusieurs pays, ce qui est clé pour l’adoption à grande échelle.

Oviva se positionne avant tout sur l’efficacité clinique et économique : réduction du poids, amélioration de l’HbA1c, diminution du recours à certains médicaments et aux hospitalisations. Mais si on regarde avec une grille « santé durable », plusieurs éléments ressortent :

  • Moins de décompensations aiguës (complications du diabète, exacerbations) signifie moins de séjours hospitaliers très intensifs en ressources ;
  • Une meilleure prévention secondaire réduit le recours à certains actes lourds (chirurgie bariatrique, interventions cardiovasculaires, dialyse, etc.) ;
  • Le format digital permet un accompagnement sans déplacements fréquents, tout en conservant (voire en améliorant) l’adhésion thérapeutique.

Pour un payeur public ou une mutuelle, le ROI se mesure déjà en coûts évités. La brique suivante consiste à intégrer l’empreinte environnementale évitée dans l’évaluation des programmes de prévention digitale. Ce n’est pas encore systématique, mais cela pourrait devenir un argument supplémentaire pour prioriser ces solutions par rapport à des approches plus interventionnelles.

Oviva montre aussi que la « santé durable » n’est pas seulement une question de technologies vertes : c’est d’abord une question de réduction du besoin de soins lourds, via une prévention mieux outillée et plus accessible.

Climedo Health : vers des essais cliniques décentralisés et moins carbonés

Dernier maillon souvent invisible pour le grand public : les essais cliniques. Recruter des patients, les faire venir à l’hôpital, multiplier les visites, stocker des données sur des systèmes peu optimisés, répéter des examens… La R&D clinique est un processus extrêmement consommateur de ressources et de temps.

La start-up allemande Climedo Health s’attaque à ce problème avec une plateforme d’e-clinical qui permet d’organiser des essais cliniques plus décentralisés et plus data-driven. Concrètement :

  • les patients peuvent remplir des questionnaires en ligne (ePRO) depuis chez eux ;
  • certaines visites sont remplacées ou espacées grâce au suivi à distance ;
  • les données sont centralisées et analysées en continu, facilitant les décisions d’adaptation ou d’arrêt anticipé.

Sur le plan de la durabilité, deux impacts immédiats :

  • réduction du nombre de déplacements patient-centre pendant les essais ;
  • optimisation de la durée et de la taille des études, en réduisant les phases inutiles ou les bras non pertinents grâce aux données en temps réel.

Mais le levier le plus profond est peut-être ailleurs : en rendant les essais cliniques plus efficaces et moins coûteux, on facilite l’arrivée plus rapide d’innovations potentiellement moins invasives, moins toxiques et plus ciblées. En d’autres termes, la R&D devient un peu plus «&nbsplean », ce qui bénéficie à la fois au patient, au payeur… et à l’environnement.

Pour les laboratoires pharmaceutiques et les fabricants de dispositifs médicaux, travailler avec des plateformes comme Climedo, ce n’est pas seulement moderniser l’IT des essais cliniques. C’est aussi l’occasion de se doter de KPIs environnementaux associés à la conduite des études :

  • nombre moyen de visites en présentiel par patient ;
  • distance moyenne parcourue ;
  • ressources matérielles mobilisées (imagerie, dispositifs, etc.) par bras d’étude.

Cela reste émergent, mais les entreprises qui prendront cette avance méthodologique auront des arguments solides à faire valoir auprès des régulateurs, des payeurs… et de leurs propres actionnaires.

Ce que ces start-up nous disent de la santé durable en Europe

Ces cinq exemples ont des modèles très différents – plateforme de rendez-vous, télémédecine, biomatériaux, thérapie digitale, e-clinical – mais racontent une histoire commune : la santé durable n’est pas un sous-segment exotique du secteur. C’est une grille de lecture qui traverse toute la chaîne de valeur, du bloc opératoire à l’essai clinique, du domicile du patient aux salles d’attente.

Pour les entreprises et les décideurs publics, plusieurs enseignements opérationnels se dégagent :

  • La durabilité est souvent un « co-produit » de l’efficacité. Réduire les déplacements, les ré-hospitalisations, les complications, les no-shows ou les essais cliniques mal calibrés est d’abord une bonne nouvelle économique. L’impact environnemental vient en bonus… mais peut devenir un argument stratégique fort.
  • Le digital est un levier majeur, mais pas exclusif. Les gains de durabilité passent certes par la téléconsultation, le suivi à distance et la data, mais aussi par des innovations très physiques : matériaux bioresorbables, dispositifs mieux pensés, parcours de soin remodelés.
  • Le passage à l’échelle est clé. Une solution de télémédecine qui évite quelques milliers de déplacements, c’est bien. Des millions, c’est un changement de paradigme. D’où l’importance de l’intégration aux systèmes de remboursement, aux SI hospitaliers et aux pratiques des professionnels.
  • Les indicateurs doivent évoluer. Tant que les KPIs resteront centrés uniquement sur le coût direct et la qualité clinique à court terme, l’argument « durable » restera accessoire. Intégrer des métriques d’empreinte carbone et de consommation de ressources par parcours de soin devient un enjeu stratégique.

Pour les start-up, la leçon est tout aussi claire : il ne suffit pas de coller l’étiquette « green » sur une innovation biomédicale. Les solutions les plus prometteuses sont celles qui s’attaquent à des gaspillages massifs (de temps médical, de déplacements, de dispositifs, de journées d’hospitalisation) et qui peuvent le démontrer avec des données robustes.

Pour les hôpitaux, industriels, investisseurs et pouvoirs publics, la question à se poser est donc simple : dans vos feuilles de route d’innovation, combien de projets s’attaquent réellement à ces gaspillage-là ? Et parmi eux, lesquels pourraient devenir les prochains Doctolib, Kry, Tissium, Oviva ou Climedo de votre écosystème ?

La bonne nouvelle, c’est que la santé durable n’est plus un horizon théorique. Elle commence très concrètement dans les choix de plateformes, de matériaux, de protocoles et de partenariats que les organisations prennent aujourd’hui. Et dans ce paysage en mouvement, les start-up biomédicales européennes ont une vraie carte à jouer – à condition de rester obsédées par un triptyque simple : impact clinique, viabilité économique, empreinte environnementale.

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