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Déposer un brevet sur une idée : étapes clés, erreurs à éviter et alternatives quand le brevet n’est pas possible

Déposer un brevet sur une idée : étapes clés, erreurs à éviter et alternatives quand le brevet n’est pas possible

Déposer un brevet sur une idée : étapes clés, erreurs à éviter et alternatives quand le brevet n’est pas possible

Dans beaucoup de projets innovants, la phrase arrive tôt dans la discussion : « On va déposer un brevet ». Parfois c’est une excellente idée. Parfois, c’est une perte de temps et d’argent. Et, assez souvent, c’est simplement prématuré.

Pour un entrepreneur, un dirigeant d’ETI ou un innovateur en entreprise, la vraie question n’est pas « Faut-il déposer un brevet ? », mais plutôt : « Où, quand et comment la propriété intellectuelle peut-elle renforcer mon avantage compétitif ? »

Dans cet article, on va passer en revue :

Une idée n’est pas brevetable… une invention, oui

Premier point, souvent mal compris : on ne dépose pas un brevet sur « une idée », mais sur une invention. La nuance est juridique, mais aussi très opérationnelle.

Une invention brevetable doit, en Europe, respecter trois critères clés :

À l’inverse, ne sont typiquement pas brevetables en tant que telles :

Concrètement, si vous dites « J’ai une idée de plateforme qui met en relation X et Y », vous êtes dans la zone floue. Si vous décrivez un protocole de cryptage spécifique qui permet cette mise en relation avec une performance ou une sécurité inédite, là, vous commencez à entrer dans le terrain du brevet.

Étape clé n°1 : faire un audit stratégique avant de parler formulaire

Avant de contacter un cabinet de propriété industrielle, la vraie première étape est stratégique : vérifier que le brevet est le bon outil pour votre projet.

Questions de base à se poser en équipe :

En pratique, cet audit peut prendre la forme d’un atelier court réunissant : fondateur / direction générale, responsable R&D ou produit, et éventuellement un partenaire PI. L’objectif : traduire l’idée en « actifs » concrets (technos, datas, process, design) et décider si le brevet est un pilier, un complément, ou un gadget coûteux.

Dans beaucoup de start-up early stage, la décision la plus rationnelle n’est pas « pas de PI », mais plutôt « priorité au secret + NDA + veille brevets, et dépôts ciblés plus tard ».

Étape clé n°2 : la recherche d’antériorités, le filtre qui évite les illusions

Une fois qu’on a identifié une invention potentiellement brevetable, il faut valider qu’elle est réellement nouvelle. C’est le rôle de la recherche d’antériorités.

De quoi s’agit-il ? D’aller vérifier dans les bases de données de brevets et la littérature scientifique si quelque chose de proche existe déjà. On utilise pour cela :

Pourquoi c’est critique :

Exemple typique : une start-up cleantech pense avoir inventé un nouveau système de récupération de chaleur industrielle. La recherche d’antériorités montre qu’un grand groupe allemand a déjà protégé 3 variantes voisines. La bonne réaction n’est pas d’abandonner, mais de :

Étape clé n°3 : rédiger une demande de brevet qui protège vraiment

La rédaction est souvent sous-estimée. Un brevet faible, mal rédigé, est parfois pire que pas de brevet du tout : il donne un faux sentiment de sécurité sans empêcher un concurrent de contourner le texte.

Une demande de brevet comporte schématiquement :

Deux conseils opérationnels :

Dans une entreprise industrielle, on voit souvent un aller-retour intense entre équipes R&D et conseil PI pour « élargir » ou « affiner » les revendications. C’est du temps bien investi : chaque ajustement peut valoir des millions si le marché décolle.

Étape clé n°4 : dépôt, priorités et extension internationale

En Europe, le chemin standard ressemble à ceci (en simplifiant) :

Décisions clés à ce stade :

Sur 10 jeunes pousses accompagnées en phase d’amorçage, il n’est pas rare que seules 2 ou 3 aillent jusqu’à une large extension internationale. Les autres préfèrent concentrer leurs ressources sur le développement produit et le go-to-market, avec des dépôts plus ciblés.

Erreurs fréquentes à éviter (et qui coûtent cher)

Dans la pratique, ce ne sont pas les subtilités juridiques les plus rares qui tuent la valeur d’un brevet, mais des erreurs basiques.

Quand le brevet n’est pas possible (ou pas souhaitable)

Il existe de nombreuses situations où le brevet n’est pas la meilleure arme. Quelques cas typiques :

C’est particulièrement vrai pour de nombreuses innovations dans l’économie circulaire et la transition énergétique, où la valeur réside souvent dans le modèle opérationnel, la logistique, les partenariats, plus que dans un « bloc » technologique isolé.

Les alternatives stratégiques au brevet

Renoncer (ou renoncer partiellement) au brevet ne signifie pas abandonner la protection. Cela veut simplement dire choisir d’autres leviers, souvent plus adaptés à la réalité du terrain.

Comment articuler brevet, business model et levée de fonds

Pour une start-up ou une scale-up, la question de la propriété intellectuelle ne se gère pas en silo, mais dans le même tableau que le business model et la stratégie de financement.

Quelques repères utiles :

Lors d’une levée, les investisseurs expérimentés ne regardent pas seulement le nombre de brevets, mais :

Mettre en place une gouvernance PI simple mais efficace

Enfin, quel que soit votre stade de maturité, quelques pratiques de base permettent d’éviter bien des problèmes :

Au final, déposer un brevet ne devrait jamais être un réflexe automatique, encore moins un totem pour « faire sérieux ». C’est un outil parmi d’autres dans votre boîte à outils stratégique. Utilisé au bon moment, sur la bonne invention, avec la bonne rédaction, il peut créer un avantage réel et monétisable. Utilisé à contre-emploi, il devient un centre de coût.

La question à garder en tête, à chaque étape : « En quoi cette décision de propriété intellectuelle renforce-t-elle concrètement notre position sur le marché dans 3, 5 ou 10 ans ? » Si la réponse n’est pas claire, le sujet n’est pas mûr. Et c’est une information tout aussi précieuse que d’avoir un brevet de plus dans votre portefeuille.

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