Innovereast

Drag-along and tag-along : clauses essentielles pour protéger fondateurs et investisseurs

Drag-along and tag-along : clauses essentielles pour protéger fondateurs et investisseurs

Drag-along and tag-along : clauses essentielles pour protéger fondateurs et investisseurs

Dans une levée de fonds, tout le monde parle valorisation, dilution et board. Mais ce sont souvent quelques paragraphes discrets, tout en bas du pacte d’actionnaires, qui déterminent réellement le rapport de force au moment clé : la sortie. Parmi eux, deux clauses reviennent systématiquement dans les deals un peu sérieux : le drag-along et le tag-along.

Ces deux clauses ne sont pas du jargon d’avocat. Elles structurent très concrètement le scénario de sortie des fondateurs, des investisseurs et parfois des salariés actionnaires. Mal négociées, elles peuvent transformer une belle opération en cauchemar… ou vous priver d’une opportunité majeure.

Dans cet article, on va regarder comment fonctionnent ces clauses, ce qu’elles protègent réellement, où se jouent les détails importants, et comment les fonder intelligemment dans une logique de partenariat entre fondateurs et investisseurs.

À quoi servent vraiment le drag-along et le tag-along ?

On peut résumer leur utilité en une phrase :

Pourquoi est-ce si important ? Parce que la valeur de votre start-up ne se réalise vraiment qu’au moment de la sortie : M&A, LBO, rachat industriel, secondaire massif, etc. Or, ces opérations exigent une chose que les investisseurs détestent laisser au hasard : la capacité à vendre 100 % (ou quasi) du capital, sans être bloqué par une minorité récalcitrante.

Sans drag-along ni tag-along :

Avec des clauses bien structurées, on crée au contraire un cadre lisible : quand un certain niveau de majorité est atteint, tout le monde suit (drag) et personne n’est laissé au bord de la route (tag).

Drag-along : quand et comment peut-on forcer la vente ?

Techniquement, la clause de drag-along prévoit que, si certaines conditions sont remplies, les actionnaires majoritaires peuvent obliger les minoritaires à vendre leurs titres dans les mêmes conditions qu’eux à un acquéreur tiers.

Les paramètres clés à surveiller :

Du point de vue des investisseurs, le drag-along est un outil de sécurisation de l’option de sortie. Un fonds de venture ne peut pas se permettre d’être prisonnier d’un deal parce que certains actionnaires minoritaires refusent une offre raisonnable.

Du point de vue des fondateurs, le drag-along est à la fois :

Tag-along : comment éviter de rester le « dernier actionnaire debout » ?

La clause de tag-along (ou droit de suite) permet à un actionnaire minoritaire de se joindre à une opération de vente initiée par un actionnaire majoritaire, aux mêmes conditions (prix, garanties, calendrier) et au prorata de sa participation.

En clair : si un investisseur vend 40 % du capital à un industriel, les fondateurs peuvent exiger de vendre une partie de leurs propres actions, pour ne pas se retrouver seuls, minoritaires, avec un nouveau partenaire qu’ils n’ont pas choisi.

Objectifs principaux :

Pour les investisseurs, le tag-along est souvent acceptable, tant qu’il ne bloque pas la capacité à réaliser un deal avec un acquéreur qui ne souhaite pas racheter 100 % du capital.

Cas pratique : quand ces clauses font la différence

Imaginez une start-up climat qui lève une série A avec un fonds spécialisé. Quelques années plus tard, un industriel européen propose un rachat :

Scénario 1 : drag-along musclé, sans garde-fous. Le fonds a négocié un drag-along déclenchable à partir de 50 % des droits de vote. Avec l’appui d’un des cofondateurs, il franchit le seuil, déclenche le drag, et tout le monde est forcé de vendre à 80 M€, sans possibilité de refuser. Les fondateurs qui voulaient rester sont embarqués malgré eux. Techniquement propre, humainement explosif.

Scénario 2 : drag-along encadré + tag-along pour les fondateurs. Le pacte prévoit :

Résultat :

Les mêmes clauses, ajustées différemment, peuvent donc soit verrouiller brutalement un exit, soit organiser une sortie alignée avec la réalité des parties prenantes.

Points de négociation critiques pour les fondateurs

Au-delà de la théorie, c’est dans les annexes du pacte que tout se joue. Côté fondateurs, voici les paramètres à regarder de très près.

1. Le seuil de déclenchement du drag-along

Un drag activable à 50 % + 1 des droits de vote est extrêmement favorable aux investisseurs dominants. Dans la pratique, on voit souvent :

Pour les fondateurs, l’enjeu est d’éviter qu’un seul investisseur (ou un syndicat compact) puisse déclencher un drag sans leur accord.

2. La présence d’un prix ou multiple minimal

Un drag-along « nu » permet théoriquement de forcer la vente même à un prix médiocre. Un garde-fou utile est l’introduction de seuils :

Cela évite de se faire traîner dans une sortie « de détresse » alors que le business reste défendable.

3. L’articulation avec les clauses de liquidation préférentielle

Le drag-along n’agit pas seul : il interagit avec les préférences de liquidation (1x non participating, participating, multiples, etc.). Vous pouvez avoir :

Pour garder un alignement, certains pactes prévoient, par exemple, que le drag-along ne s’applique qu’au-delà d’un seuil de distribution minimale aux fondateurs. C’est moins courant mais négociable dans certaines configurations (early stage, forte compétition entre fonds).

4. Le périmètre exact d’un tag-along « protecteur »

Un tag-along efficace doit préciser :

Pour un fondateur, l’enjeu est de ne pas se retrouver avec un tag-along théorique… impossible à activer en pratique parce que le texte est flou ou trop restrictif.

Côté investisseurs : pourquoi ces clauses sont non-négociables (ou presque)

Du point de vue d’un fonds, refuser un drag-along ou accepter un tag-along trop rigide, c’est prendre deux risques majeurs :

Les clauses de drag-along et tag-along sont donc aussi un signal envoyé aux futurs acquéreurs : « le capital est organisé, la sortie est opérationnellement faisable ».

Dans les due diligences d’acquisition, les avocats M&A regardent de très près :

C’est aussi pour cela que les investisseurs vont insister sur :

Bonnes pratiques pour les start-ups en phase de levée

Comment aborder ces clauses sans se perdre dans les 80 pages du pacte ? Quelques repères pragmatiques :

1. Les traiter comme des clauses stratégiques, pas comme du « légal annexe »

Ne les laissez pas au seul arbitrage des avocats. Les fondateurs doivent :

2. Demander des exemples chiffrés dans le term sheet

Avant même le pacte, le term sheet peut intégrer :

Cela évite les « surprises interprétatives » au moment de la signature du pacte définitif.

3. Aligner drag-along, tag-along et gouvernance

Ces clauses ne vivent pas isolément : elles s’intègrent dans une architecture globale :

Un bon pacte fait en sorte que :

4. Anticiper la prochaine levée

Ce que vous signez en seed ou série A va être hérité et renégocié (ou pas) en série B, C, etc. Un drag-along trop déséquilibré peut :

À l’inverse, un cadre clair et équilibré rassure les futurs entrants : ils savent que les scénarios de sortie sont structurés et que les fondateurs comprennent le jeu.

Et pour les PME et entreprises plus matures ?

On associe souvent drag-along et tag-along aux start-ups, mais ces clauses sont tout aussi pertinentes pour :

Dans ces contextes, les enjeux sont parfois différents :

Les mêmes outils (drag-along et tag-along) peuvent alors être combinés avec :

On quitte le pur registre de la tech, mais les logiques d’alignement et de protection restent les mêmes.

Ce qu’il faut garder en tête avant de signer

Les drag-along et tag-along ne sont ni « bons » ni « mauvais » en soi. Tout dépend de :

Un dernier filtre utile pour les fondateurs : se poser cette question très simple avant de signer une clause de drag-along ou de tag-along :

« Si je me projette dans 5 à 7 ans, fatigué mais avec une belle boîte, serais-je à l’aise avec cette clause face à un vrai acquéreur, un vrai prix, et de vrais désaccords potentiels entre actionnaires ? »

Si la réponse est non, ce n’est pas forcément un deal-breaker. Mais c’est un signal qu’il faut probablement retourner dans le détail du texte, scénario par scénario, avec vos conseils… et avec vos investisseurs autour de la table. Parce qu’une bonne clause de sortie, c’est celle qui ne sera presque jamais utilisée en force, justement parce que tout le monde sait exactement ce qui se passera si elle l’est.

Quitter la version mobile