Pourquoi le diagramme FAST est un allié sous-estimé des projets d’éco-innovation
Quand on parle d’éco-innovation, beaucoup d’équipes démarrent par des idées de solutions : nouveau matériau, nouveau service, nouvelle appli. C’est séduisant… mais souvent prématuré.
Avant de chercher quoi changer, il est plus efficace de clarifier comment fonctionne réellement la chaîne de valeur actuelle. C’est là que le diagramme FAST (Function Analysis System Technique) devient un outil puissant pour structurer la réflexion et accélérer les décisions.
En une séance bien préparée, il permet :
Voyons comment l’utiliser de manière très concrète, avec un exemple de chaîne de valeur, étape par étape.
Rappel express : qu’est-ce qu’un diagramme FAST ?
Le diagramme FAST vient à l’origine de l’analyse de la valeur. Sa promesse est simple : modéliser un produit, un service ou un process non pas par ses composants, mais par ses fonctions.
Deux règles structurent le diagramme :
Résultat : vous obtenez une carte fonctionnelle de votre chaîne de valeur, lisible par tous. Elle met en évidence le chemin logique qui va du besoin principal du client jusqu’aux opérations les plus détaillées.
Appliqué à l’éco-innovation, le FAST aide à répondre à une question très business : « Où se situent les fonctions à forte intensité de ressources, que l’on peut simplifier, substituer ou supprimer ? »
Étape 1 : cadrer le périmètre – éviter le diagramme « usine à gaz »
Premier réflexe : réduire le périmètre. Un FAST trop large devient vite inutilisable. Au lieu de vouloir cartographier « toute l’entreprise », on choisit :
L’important est de formuler le objectif principal sous forme fonctionnelle. Par exemple :
« Satisfaire le besoin de mobilier de bureau ergonomique et durable pour les PME urbaines. »
C’est cette fonction « chapeau » qui sera tout à gauche de votre diagramme.
À ce stade, quelques questions utiles à poser en atelier :
Cet effort de cadrage vous fera gagner du temps sur tout le reste.
Étape 2 : identifier les fonctions – penser en « verbes », pas en « départements »
Une erreur fréquente consiste à recopier l’organigramme ou les étapes de process telles qu’elles apparaissent dans l’ERP. Pour un diagramme FAST utile, il faut traduire ces étapes en fonctions.
Par exemple, au lieu de :
on va écrire :
Dans la pratique, un bon atelier FAST mélange :
On part de la fonction principale (« satisfaire le besoin de mobilier ergonomique et durable ») et on demande systématiquement :
Petit repère pratique : un FAST opérationnel pour un projet d’éco-innovation comportera souvent entre 15 et 40 fonctions. En dessous, vous manquez de granularité. Au-delà, vous risquez de noyer les décisions.
Un exemple concret : cartographier la chaîne de valeur d’un fabricant de mobilier
Imaginons une PME européenne qui fabrique du mobilier de bureau pour des clients B2B. Elle veut réduire son empreinte carbone et passer à un modèle plus circulaire, sans sacrifier ses marges.
La fonction principale (tout à gauche) pourrait être formulée ainsi :
« Permettre au client B2B d’équiper ses bureaux avec un mobilier ergonomique, esthétique et durable, à coût total maîtrisé. »
En déroulant le FAST, on pourrait voir apparaître des fonctions intermédiaires comme :
Ce n’est qu’une première ébauche. Le travail du diagramme FAST va consister à :
Étape 3 : structurer le « Comment / Pourquoi » – la colonne vertébrale du FAST
Visuellement, le diagramme prend la forme d’une chaîne de rectangles disposés de gauche à droite.
Par exemple :
« Permettre au client d’équiper ses bureaux » (fonction principale) ← est rendu possible par → « fournir une solution de mobilier prête à l’emploi » ← est rendu possible par → « concevoir la solution », « fabriquer les éléments », « livrer et installer »
Pour chaque fonction, on se pose deux questions :
Dans notre exemple, la fonction « sélectionner les matériaux » pourrait être décomposée ainsi :
Chacune de ces sous-fonctions peut ensuite être reliée à des impacts environnementaux et à des coûts. C’est précisément ce niveau de détail qui ouvre la porte à l’éco-innovation.
Étape 4 : superposer la grille « coûts & impacts environnementaux »
Un diagramme FAST neutre n’est qu’une carte. Pour qu’il serve à l’éco-innovation, on doit lui ajouter deux couches de lecture :
Un moyen simple et efficace est d’utiliser un code couleur ou des annotations directement sur les fonctions :
Dans notre exemple de mobilier, certaines fonctions typiquement « rouges » sont :
En une séance, on obtient une vue assez claire des « nœuds » fonctionnels où se concentrent les impacts, sans avoir encore lancé une ACV complète. Cela permet de prioriser les zones où l’éco-innovation aura le plus de levier.
Étape 5 : repérer les fonctions à challenger – supprimer, réduire, substituer, mutualiser
Le diagramme FAST est maintenant assez riche pour passer à la partie stratégique : quelles fonctions remettre en question ?
Typiquement, quatre familles de leviers ressortent :
Reprenons notre PME de mobilier. Plusieurs idées d’éco-innovation peuvent émerger directement du FAST :
En pratique, le diagramme FAST devient une matrice de choix : quelles fonctions conserver, transformer ou déplacer vers d’autres acteurs de l’écosystème ?
Étape 6 : intégrer les parties prenantes de la chaîne de valeur
L’éco-innovation ne se joue pas uniquement à l’échelle d’une seule entreprise. La plupart des leviers à fort impact impliquent :
Une bonne pratique consiste à organiser, après un premier travail en interne, un atelier FAST élargi avec quelques partenaires clés. L’objectif :
Dans l’exemple du mobilier, un dialogue plus structuré avec :
peut transformer un simple « projet RSE » en une offre de service circulaire crédible, avec un modèle économique cohérent.
Cas type : comment un FAST peut accélérer un projet d’éco-innovation
Pour illustrer concrètement l’accélération, imaginons la trajectoire de notre PME de mobilier sur 6 à 12 mois.
Sans FAST :
Avec FAST :
Le gain principal n’est pas seulement méthodologique : c’est un gain politique. Le FAST donne un langage commun aux opérationnels, au marketing, à la finance et aux équipes durabilité. Il devient plus difficile de s’opposer sur des intuitions floues, puisque la chaîne de valeur est explicitée et partagée.
Erreurs fréquentes à éviter
Quelques écueils reviennent souvent lors des premiers usages du diagramme FAST :
À l’inverse, quand le FAST est utilisé comme un document vivant, mis à jour à chaque grand jalon du projet, il devient un véritable référentiel de la transformation de la chaîne de valeur.
Quand utiliser (et ne pas utiliser) le diagramme FAST
Le FAST est particulièrement utile lorsque :
Il est moins pertinent lorsque :
Faire du FAST un réflexe dans vos projets d’éco-innovation
Le diagramme FAST n’est pas une baguette magique, mais c’est un outil remarquablement efficace pour apporter de la structure à des projets d’éco-innovation souvent brouillons au démarrage.
En synthèse, il vous aide à :
Si vous n’avez jamais utilisé ce type de diagramme, commencez petit : choisissez un produit ou un service pilote, organisez une séance de 2 à 3 heures avec un groupe restreint, et forcez-vous à raisonner en fonctions. Vous verrez rapidement que les bonnes questions émergent d’elles-mêmes.
Dans un contexte où la pression réglementaire et marché s’intensifie sur la durabilité, être capable de cartographier et de transformer sa chaîne de valeur de manière systématique n’est plus un luxe méthodologique. C’est en train de devenir un avantage compétitif.
